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Entre 1900 et 1939: l'avancée mathématique
L'étude des machines à calculer se poursuivait. On construisit
des machines destinées à une utilisation particulière:
ainsi, en 1919, le lieutenant d'infanterie E. Carissan (1880-1925) conçut
et réalisa une merveilleuse machine à factoriser les entiers.
L'Espagnol Leonardo Torres y Quevedo (1852-1936) construisit plusieurs
machines électromécaniques, dont l'une qui jouait des fins
de parties d'échecs.
En 1928, le mathématicien David Hilbert (1862-1943) posa trois
questions au Congrès International des Mathématiciens :
(1) Les mathématiques sont-elles complètes ? (tout énoncé
mathématique peut-il être soit prouvé, soit réfuté
?) (2) Les mathématiques sont-elles cohérentes ? (peut-on
être sûr que des raisonnements valides ne conduiront pas à
des absurdités ?) (3) Les mathématiques sont-elles décidables
? (existe-t-il un algorithme pouvant dire de n'importe quel énoncé
mathématique s'il est vrai ou faux ?) Cette dernière question
est connue sous le nom de Entscheidungsproblem.
En 1931, Kurt Gödel
(1906-1978) répondit à deux de ces questions. Il démontra
que tout système formel suffisamment puissant est soit incohérent,
soit incomplet. De plus, si un système d'axiomes est cohérent,
cette cohérence ne peut être prouvée en n'utilisant
que les axiomes. La troisième question restait ouverte, en remplaçant
«vrai» par «prouvable» (existe-t-il un algorithme
pour dire si une assertion peut être prouvée ?) En 1936, Alan Turing (1912-1954)
résolut l'Entscheidungsproblem en construisant un modèle
formel de calculateur - la machine de Turing - et en prouvant qu'une telle
machine ne pouvait pas résoudre certains problèmes, en particulier
le problème d'arrêt : étant donné un programme,
peut-on dire s'il termine pour n'importe quelle valeur des données
? Les années 40
: la guerre fait naître l'ordinateur électronique
La complication des calculs balistiques, durant la seconde guerre mondiale,
aiguillonna le développement de l'ordinateur électronique.
En 1944, à Harvard, Howard Aiken (1900-1973) construisit le calculateur
électromécanique Mark I, avec l'aide d'IBM.
Le décryptage militaire conduisit aussi à des projets d'ordinateur.
Alan Turing, en Angleterre, travaillait à décoder la machine
allemande Enigma; les Anglais construisirent un calculateur, le Colossus,
pour aider au décryptage. En 1939, à l'Université
d'Iowa, John Atanasoff (1904-1995) et Clifford Berry conçurent
et réalisèrent l'ABC, un calculateur électronique
pour résoudre des systèmes d'équations linéaires,
mais il ne fonctionna jamais correctement. Atanasoff discuta de son
invention avec John Mauchly (1907-1980), qui, plus tard, avec John Eckert
(1919-1995), conçut et réalisa l'ENIAC, un calculateur électronique
destiné à l'origine aux calculs balistiques. On ne sait
pas très bien quelles idées Atanasoff transmit à
Mauchly; le mérite d'avoir inventé le premier ordinateur
revient-il à Atanasoff ou à Mauchly et Eckert ? Ce fut le
sujet de batailles juridiques, c'est encore celui d'un débat historique.
L'ENIAC fut construit à l'Université de Pennsylvanie, et
terminé en 1946. En 1944, Mauchly, Eckert,
et John von Neumann (1903-1957) travaillaient à la conception d'un
ordinateur électronique, l'EDVAC. Le premier rapport de Von Neumann
sur l'EDVAC eut beaucoup d'influence; on y trouve de nombreuses idées
encore utilisées dans les ordinateurs les plus modernes, dont une
routine de tri par fusion. Eckert et Mauchly reprirent ces idées
pour construire l'UNIVAC. Pendant ce temps, en Allemagne,
Konrad Zuse (1910-1995) construisait le premier calculateur programmable
universel (non spécialisé), le Z3 (1941). En 1945, Vannevar Bush publia
As We May Think, un article étonnamment prophétique sur
le traitement de l'information, et ses effets sur la société
dans les temps à venir. En Angleterre, Maurice Wilkes
(né en 1913) construisit l'EDSAC (à partir de l'EDVAC).
F. Williams (né en 1911) et son équipe construisirent le
Manchester Mark I, dont une version fut opérationnelle dès
juin 1948. Certains considèrent cette machine comme le premier
ordinateur à programme en mémoire (architecture dite de
Von Neumann). L'invention du transistor
en 1947 par John Bardeen, Walter Brattain et William Shockley transforma
l'ordinateur, et permit la révolution du microprocesseur. Pour
cette découverte, ils reçurent le Prix Nobel de Physique
en 1956. (Par la suite, Shockley se rendit célèbre pour
ses points de vue racistes.) Jay Forrester (né
en 1918) inventa vers 1949 la mémoire à noyau magnétique.
Les années 50
Grace Hopper (1906-1992) inventa la notion de compilateur (1951). (Quelques
années plus tôt, elle avait trouvé le premier bug
de l'histoire de l'informatique, une phalène entrée dans
le Mark II de Harvard.)
John Backus et son équipe écrivirent le premier compilateur
FORTRAN en avril 1957. LISP (List Processing), un langage de traitement
de listes pour l'intelligence artificielle, fut inventé par John
McCarthy vers 1958. Alan Perlis, John Backus, Peter Naur et leurs associés
développèrent Algol (Algorithmic Language) en 1959. Jack Kilby (Texas Instruments)
et Robert Noyce (Fairchild Semiconductor) inventèrent les circuits
intégrés en 1959. Edsger Dijkstra trouva un
algorithme efficace pour résoudre le problème des plus courts
chemins dans un graphe, à titre de démonstration pour l'ARMAC
en 1956. Il trouva aussi un algorithme efficace de recherche d'un arbre
recouvrant de poids minimal, afin de minimiser le câblage du X1.
(Dijkstra est célèbre pour ses déclarations caustiques
et péremptoires; voir par exemple son avis sur quelques langages
de programmation). Dans un célèbre
article de la revue Mind, en 1950, Alan Turing décrivit le test
de Turing, l'une des premières avancées en intelligence
artificielle. Il proposait une définition de la «pensée»
ou de la «conscience» relative à un jeu : un examinateur
pose des questions par écrit à un interlocuteur situé
dans la pièce voisine, et doit décider, au vu des réponses,
si son interlocuteur est une machine ou un être humain. S'il est
incapable de répondre, on peut raisonnablement dire que l'ordinateur
«pense».
En 1952, Alan Turing fut arrêté pour outrage aux bonnes moeurs
après qu'une plainte pour cambriolage eut révélé
sa liaison avec Arnold Murray. L'homosexualité affichée
était tabou dans l'Angleterre des années 1950, et on obligea
Turing à suivre un «traitement» hormonal qui le rendit
impuissant et lui fit pousser des seins. Le 7 juin 1954, Turing se suicida
en mangeant une pomme enrobée de cyanure. Les années 60
Dans les années 1960, l'informatique devint une discipline à
part entière. Le premier département d'informatique fut
créé en 1962 à l'Université de Purdue; le
premier Ph.D. d'informatique fut délivré à Richard
Wexelblat par l'Université de Pennsylvanie, en décembre
1965.
Il y eut une percée dans les systèmes d'exploitation. Fred
Brooks (IBM) conçut System/360, une série d'ordinateurs
de tailles variées, avec la même architecture et le même
ensemble d'instructions. Edsger Dijkstra, à Eindhoven, conçut
le système multiprogramme THE. De nombreux langages de
programmation virent le jour, tels que BASIC, développé
vers 1964 par John Kemeny (1926-1992) et Thomas Kurtz (né en 1928).
Les années 1960 virent
émerger la théorie des automates et des langages formels
: on peut notamment citer Noam Chomsky (qui se fit plus tard remarquer
par la théorie suivant laquelle le langage est «câblé»
dans le cerveau, et pour sa critique de la politique étrangère
des Etats-Unis) et Michael Rabin. On commença aussi
à utiliser des méthodes formelles pour prouver la correction
des programmes. Les travaux de Tony Hoare (l'inventeur de Quicksort) jouèrent
un rôle important. Vers la fin de la décennie,
on commença à construire ARPAnet, le précurseur d'Internet.
Ted Hoff (né en 1937)
et Federico Faggin (Intel) conçurent le premier microprocesseur
en 1969-1971. Donald Knuth (né
en 1938), auteur du traité The Art of Computer Programming, posa
des fondements mathématiques rigoureux pour l'analyse des algorithmes.
Les années 70
Les travaux d'Edgar Codd sur les bases de données relationnelles
permirent une avancée majeure dans la théorie des bases
de données. Codd reçut le Turing Award en 1961.
Le système d'exploitation Unix fut développé aux
Bell Laboratories par Ken Thompson (né en 1943) et Dennis Ritchie
(né en 1941). Brian Kernighan et Ritchie développèrent
C, un important langage de programmation. On vit apparaître
de nouveaux langages, tels que Pascal (inventé par Niklaus Wirth)
et Ada (réalisé par une équipe dirigée par
Jean Ichbiah). La première architecture
RISC fut commencée par John Cocke en 1975, chez IBM. Vers cette
époque, des projets analogues démarrèrent à
Berkeley et Stanford. Les années 1970 virent
aussi naître les super-ordinateurs. Seymour Cray (né en 1925)
conçut le CRAY-1, qui apparut en mars 1976; il pouvait exécuter
160 millions d'opérations par seconde. Le Cray XMP sortit en 1982.
Cray Research (à présent repris par Silicon Graphics) continue
à construire des ordinateurs géants. Il y eut aussi des progrès
importants en algorithmique et en théorie de la complexité.
En 1971, Steve Cook publia son article fondamental sur la NP-complétude,
et, peu après, Richard Karp montra que de nombreux problèmes
combinatoires naturels étaient NP-complets. Whit Diffie et Martin Hellman
publièrent un article fondant la théorie de cryptographie
à clef publique; le système de cryptage RSA fut inventé
par Ronald Rivest, Adi Shamir, et Leonard Adleman. En 1979, trois étudiants
de Caroline du Nord développèrent un serveur de nouvelles
distribué qui finalement devint Usenet. Les années 80
Cette décennie vit apparaître le micro-ordinateur personnel,
grâce à Steve Wozniak et Steve Jobs, fondateurs de Apple
Computer.
Les premiers virus informatiques apparurent en 1981 (leur nom est dû
à Leonard Adleman). En 1981, l'Osborne I, le
premier ordinateur vraiment portable, fut mis sur le marché. En
1984, Apple commercialisa le Macintosh. En 1987, l'US National Science
Foundation démarra NSFnet, qui devait devenir une partie de l'
Internet actuel. 1990-2002
Le développement des ordinateurs parallèles continu.
L'informatique biologique, avec les récents travaux de Leonard
Adleman sur l'utilisation de l'ADN comme calculateur non déterministe,
ouvre de grandes perspectives. Le projet Génome Humain cherche
à séquencer tout l'ADN d'un individu. Peter Shor découvre
que l'on peut efficacement factoriser des entiers sur un ordinateur quantique
(théorique), ce qui ouvre la voie à la programmation quantique.
Les autoroutes de l'information
relient de plus en plus les ordinateurs du monde entier.
Les ordinateurs sont de plus en plus petits; naissance de la nano-technologie.
Cette période est très marquée par la révolution
numérique avec l'arrivée de l'Internet et des réseaux
numériques à haut débit, le développement
très rapide du multimédia et des nouveaux supports à
grande capacité de stockage comme le cd-rom ou les DVD.
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